ÉNERGIE & HABITAT

Accélérer les actions pour la rénovation énergétique du bâti wallon

E-ZINE CONSTRUCTION DÉCEMBRE https://confederatie-bouw.foleon.com/construction/e-zine-construction/energie-habitat/

Lors du salon Énergie & Habitat, en octobre dernier, la CCW a organisé une table ronde intitulée « La rénovation énergétique, quelles sont les prochaines étapes de ce chantier de grande ampleur ? ». Elle était animée par Nicolas Spies, conseiller énergie à la Confédération Construction wallonne. Plusieurs acteurs publics et privés ont participé à ces échanges.


C’est tout d’abord Claudy Mercenier, représentant du ministre de l’Energie Philippe Henry, qui a abordé la thématique des prochaines actions à mettre en place pour accélérer la rénovation du bâti wallon. « Le défi est énorme et on aura besoin de tout le monde. Notre volonté est d’encourager un maximum les citoyens, les entreprises, les fédérations, les associations…à participer à cette « stratégie réno ». Avec ses 52 mesures et plusieurs centaines de propositions d’actions à mettre en place, je suis impatient qu’elle soit publiée », a-t-il souligné.


Alliance Emploi-Environnement-Rénovation durable Il a ensuite touché un mot sur l’Alliance Emploi-Environnement-Rénovation durable (AEE-Rd), en cours de préparation. « La rénovation énergétique est un défi environnemental qui crée de l’activité économique et de l’emploi. L’AEE-Rd est dans les starting-blocks pour être lancée. Par rapport à la première AEE de 2011, le secteur est plus mature. Elle doit permettre de continuer à travailler ensemble, en route vers le label A ». Il a encore évoqué les incitants et encouragé les démarches collectives, de la petite initiative à celle prise au niveau de l’échelon communal ou régional. « Les primes habitation sont un bon outil mais il faut activer d’autres leviers et notamment les épargnes privées pour accélérer la rénovation. Nous devons également être plus proches des citoyens et réfléchir à des actions collectives. La Convention des Maires, avec laquelle des actions sont prises à l’échelle des communes, va dans ce sens ».


Renovate Belgium Au nom de Renovate Belgium, Sabine Pauquay a partagé son incompréhension face à certains chiffres et parlé d’urgence de la situation. « Pour suivre la stratégie à l’horizon 2050, il faut rénover 45.000 logements par an et nous en sommes seulement à 7.000 audits réalisés. Il y a un problème de pipeline : nous n’avons pas assez de projets dans les cartons ! Le secteur doit donner un message d’urgence. De même, nous avons travaillé dur et je me pose la question de savoir pourquoi la stratégie de rénovation actualisée n’a pas encore été transmise à la Commission européenne. Et quid d’un plan d’isolation des toitures ? Il ne faut pas commencer en 2023 si on veut remplir un objectif très ambitieux en 2024 ». Elle a aussi évoqué l’insuffisance des mécanismes actuels et le manque d’auditeurs pour la masse de travail à accomplir. « Le montant moyen des primes accordées est de 7.000 € par projet or une rénovation profonde coûte environ 74.000 €. Il y a un souci. Il faut d’autres mesures d’aide au financement comme des mesures fiscales ! Il y a aussi un manque de professionnels de la rénovation. Il y a 7.000 audits réalisés et il en faudrait 45.000. Or, tous les auditeurs sont débordés ». Malgré ce discours critique, elle a voulu terminer son discours sur une note positive. « Je veux tout de même rester positive. Beaucoup de bonnes choses sont en préparation mais il faut accélérer le rythme et coupler les compétences entre le privé et le public ».

PEEB Président de l’asbl PEEB, Yvain Stiennon a parlé au nom des responsables/certificateurs PEB et des auditeurs. Il a évoqué les freins pour mettre en place cette stratégie. « Il s’agit effectivement d’un gros chantier et notre rôle est de mettre de l’huile dans les rouages. Malheureusement, il y a beaucoup de freins à cette rénovation énergétique. PEEB a identifié plusieurs pistes d’amélioration dans la mise en œuvre de la PEB et des outils associés à la rénovation comme l’audit et les primes. Nous nous tenons à disposition de l’administration pour voir quelles sont les améliorations réalisables concrètement. Autre point, nous recensons 2.600 professionnels de la PEB, entre autres des responsables PEB, auditeurs logements, et certificateurs. Il faut d’évidence mobiliser davantage ces professionnels pour atteindre les objectifs de rénovation énergétique en Région Wallonne. PEEB a des propositions concrètes à formuler aux pouvoirs publics pour y parvenir ». Il a aussi tenu à insister sur la bonne collaboration présente entre tous les acteurs pour avancer ensemble. « Il y a beaucoup de discussions entre les auditeurs, les architectes et les entrepreneurs et nous voulons travailler main dans la main ».


UWA Les architectes étaient représentés à cette séance par Sébastien Motte. Celui-ci a présenté trois projets qui lui tenaient à cœur. « Premièrement, penser à reconstruire la ville sur la ville, c’est souvent une source de création de richesse sur site qui permet d’activer la rénovation énergétique. Malheureusement, la densification urbaine est souvent assimilée à la paupérisation des centres urbains. Comment peut-on avancer Région, pouvoirs locaux et architectes sur ce sujet ? Deuxièmement, les projets de communautés locales d’énergie renouvelable, comme par exemple COLECO, qui ont pour défi de lancer une dynamique d’autoconsommation locale. Enfin, la Ville de Mouscron, dans le cadre du projet européen BeReel, offre les audits à ses citoyens pour lever le frein lié à son coût. Les travaux entrepris par les citoyens après audit sont souvent plus importants que ceux prévus initialement. N’est-ce pas une piste qu’il serait intéressant d’étudier ? ». Sébastien Motte a encore tenu à faire savoir que les audits pourraient être mieux exploités. « Les professionnels du bâtiment, architectes et entrepreneurs, connaissent peu les marges de manœuvre dont ils disposent dans la procédure ». De plus l’absence d’architecte, en charge de la coordination des travaux, laisse souvent fort dépourvus les citoyens dans leur projet.


CCW Laurent Ruidant (CCW) a confirmé que les audits étaient parfois compliqués à déchiffrer. « Ils ne sont pas toujours cohérents. Il faut avoir de la flexibilité, discuter et collaborer avec les acteurs concernés. Je lis beaucoup de chiffres : 5.000 € pour isoler des murs par exemple. Ces chiffres ne tiennent pas compte du parachèvement avec lequel on monte à 15.000 ou 20.000 € ». Pour avancer qualitativement dans la rénovation du bâti wallon, il préconise de se tourner vers des groupements comme Techlink ou la Plateforme wallonne de l’isolation (PWI). « La PWI regroupe des professionnels reconnus. Ils sont parfois un peu plus chers mais les travaux sont bien faits. Ces travaux doivent aller assez vite et ne pas se faire trois mois avant la fin de l’échéance comme l’a dit Sabine Pauquay, il est urgent d’avancer ! ».


Conclusion Le mot de la fin est revenu à Benoît Fourez, Directeur de la Direction « Bâtiment durable » au SPW. « Nous vivons une période difficile. Le télétravail devient la norme et les citoyens sont davantage présents dans leur logement. C’est donc encore plus important de prêter attention à la performance énergétique des bâtiments. La stratégie tarde malheureusement à être adoptée, au contraire de la Flandre et de Bruxelles (ndlr : entretemps, le gouvernement wallon a adopté la stratégie le 12 novembre). Il faut opérer les bons choix, non pas pour aujourd’hui, mais pour demain. Le financement pour le secteur résidentiel est de l’ordre de 120 milliards d’€. Les pouvoirs publics n’y arriveront pas seuls, le secteur bancaire doit s’impliquer. Je rappelle que pour atteindre le label A d’ici 2050, il faut rénover 5 logements par heure », a-t-il conclu.

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